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Back to the front page Reflection #8

Kampot, Cambodge / Le Père Olivier Schmitthauesle

Posted: 24th June 2004

Agé de 33 ans le P. Olivier Schmitthaeusler est originaire du diocèse de Strasbourg. Ordonné prêtre en juin 1998, il est en poste au Cambodge depuis le 9 novembre 1998.

Comment avez-vous ressenti l’appel à la vie missionnaire ?

Je suis entré au séminaire de Strasbourg juste après avoir passé mon baccalauréat. De 1991 à 1994, j’ai été envoyé au Japon comme coopérant DCC, j’enseignais le français à l’université Eichi à Osaka. C’est là que j’ai découvert en même temps la mission et les MEP, même si les contacts avec les prêtres MEP étaient peu fréquents. J’ai demandé à être admis chez les MEP alors que j’étais encore coopérant, à l’Ascension 94.

Quelle est votre mission au Cambodge

J’ai commencé ma mission par … l’apprentissage de la langue khmère, d’abord avec un professeur à Phnom Penh pendant 1 an, puis une autre année dans une paroisse au nord du Cambodge – je m’occupais des lycéens – et enfin encore 1 an à l’université de Phnom Penh.

Vous étiez donc en contact avec des jeunes et des étudiants…

Oui, et je continue encore aujourd’hui. Depuis janvier 2002, je réside à Kampot, à 150 km au sud de Phnom Penh, avec un prêtre khmer, le Père Ly, ordonné le 9 décembre 2001 avec 3 autres diacres khmers. Nous y avons d’abord passé six mois ensemble car il n’y avait plus de communauté chrétienne avant notre arrivée. Cette communauté a été détruite par le régime des Khmers rouges.

Les samedis et dimanches, nous allons chacun célébrer dans une paroisse, le Père Ly à Choumkiri, à 40 km, et moi-même à Choumkateang, à 70 km. La communauté de Choumkateang a démarré en 1998 par le baptême d’un cousin du Père Son, ordonné en même temps que le Père Ly. Il s’intéressait au christianisme depuis deux ans, assistant à des assemblées de prière faisant prier sa famille à son retour à la maison et accueillant peu à peu d’autres jeunes. En 2002 ils étaient environ 40 jeunes. 25 ont été baptisés à Pâques 2003, et 18 catéchumènes seront baptisés à Pâques 2005. C’est une communauté dynamique, il y a une centaine de jeunes à se rassembler pour l’Eucharistie chaque dimanche. (La population du Cambodge est constituée essentiellement de jeunes.) En outre, les chrétiens encadrent les 150 scouts, préparent la liturgie et participent à des équipes de charité. Pour ma part, j’assure le catéchisme, et la prière.

Actuellement, une nouvelle communauté est en train de naître au village de Kirivong : Quelqu’un du village a entendu parler de la communauté de Choumkateang et a participé à des célébrations et temps de prière. Nous assurons une présence à Kirivong depuis juin 2003, tous les 15 jours, des catéchistes vont enseigner et prier avec les villageois qui le souhaitent. Deux d’entre eux se préparent au baptême. Pour ma part, j’y vais une fois par mois.

Vous êtes très engagé dans l’enseignement !

En septembre 2002, j’ai ouvert une école maternelle, l’école Ste Thérèse qui accueille aujourd’hui 40 enfants (bouddhistes) dont s’occupent 2 institutrices.

En octobre 2003, c’est le tour du lycée professionnel St François d’Assise de voir le jour. Il accueille 32 élèves. Le matin, ils reçoivent une formation professionnelle (soie, agriculture ou secrétariat) à laquelle participe en ce moment un jeune volontaire MEP, Philippe, et l’après-midi ils suivent les cours d’enseignement général en vue de passer leur bac, car il n’existe pas de bac professionnel au Cambodge. Le soir des cours de soutien sont offert à tous les lycéens, qu’ils soient de St François ou du lycée d’état voisin, qu’ils soient chrétiens ou bouddhistes. Ce lycée a été inauguré très récemment par le ministre de l’agriculture.
J’ai aussi ouvert 3 autres écoles maternelles.

Comment le lycée est- il financé ?

L’ONG Enfants du Mékong a financé la construction du lycée, et les MEP assurent le financement du reste, en particulier les salaires des professeurs. Chaque jeune lycéen apporte simplement 10 kg de riz pour la cantine.

Et les foyers ?
J’ai ouvert un foyer destiné aux étudiants bouddhistes pauvres. Ce foyer ‘Jeunes Etudes Justice’ (JEJ) a démarré à Phnom Penh en 2000 avec 3-4 étudiants. Ils sont aujourd’hui 27 et étudient la médecine, le droit, l’économie, le tourisme, etc.
A Kampot, j’ai aussi ouvert un foyer en 2002 pour les lycéens, avec des jeunes chrétiens issus des communautés catholiques de notre secteur, en vue de démarrer une petite communauté chrétienne. Il y a actuellement 16 garçons et 3 filles, ce qui est important ! Deux religieuses japonaises arrivent le 22 mars 2004 ; elles s’occuperont des écoles maternelles et assureront une présence auprès des filles du foyer.

Finalement on peut passer un diplôme de l’enseignement supérieur au Cambodge ?
Oui, il existe des universités d’Etat ou privées (très coûteuses). Le problème est que cet enseignement n’est quasiment accessible qu’aux jeunes de Phnom Penh ou aux plus aisés. Le niveau est encore faible mais les plus doués peuvent passer un master à l’étranger.

Qu’est-ce qui vous motive à fonder toutes ces structures ?

Je suis membre du comité diocésain pour l’éducation… Il est très important de donner à ces jeunes une structure, des repères. Leurs parents ont souffert du génocide, mais cela a une incidence sur eux. Nombreux parmi ces jeunes que je connais sont complètement déstructurés ! En outre, beaucoup de structures fondées par l’Eglise ne sont accessibles qu’aux jeunes catholiques, j’ai voulu créer des centres où tous peuvent aller, sans distinction de religion.

Quel est l’apport des MEP pour la construction de l’Eglise au Cambodge ?

L’évangélisation du Cambodge a été confiée aux MEP depuis le début de la Société par Rome. Jusqu’en 1975, il n’y avait que les MEP. Depuis la réouverture du pays en 1990, d’autres instituts missionnaires y participent (Missions Etrangères de différents pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique, congrégations religieuses…) Les MEP ont plus particulièrement la responsabilité de l’évangélisation, de la formation des prêtres et séminaristes, et financent la construction d’églises, achat de terrains pour les communautés, le fonctionnement du diocèse, les formations diverses…
Actuellement, il y a 10 MEP, dont l’évêque de Phnom Penh, Mgr Emile Destombes, et le préfet apostolique de Kompong Cham, Mgr Susairaj Antonisamy, qui est Indien.
Il y a 50 prêtres de 16 nationalités différentes, dont 5 prêtres khmers ordonnés récemment (1 en 1995 et 4 en 2001). Cela donne un visage très varié, mais rend parfois difficile la communication ! Les Khmers eux font moins de différence : il y a les blancs, les jaunes, et les khmers !!

Peut-on parler d’avenir pour les MEP et pour l’Eglise khmère ?

L’Eglise khmère est une église très jeune, le prêtre khmer le plus ancien a à peine 10 ans de prêtrise ! Côté MEP, nous attendons le Père Vincent Sénéchal, qui poursuit actuellement une formation en exégèse.

Quel recul avez-vous sur toutes ces années de mission ?

Difficile de prendre du recul ou de dresser un bilan après 5 ans dans mon pays de mission, dont 3 années d’apprentissage de la langue. Par contre j’ai plutôt des perspectives !
- consolider et surtout faire durer ces fondations, qu’elles aident les jeunes à découvrir un chemin pour leur vie personnelle, professionnelle et sociale, qu’ils puissent construire leur vie en adultes solidaires et responsables.
- ouvrir ces jeunes, qui ne connaissent de l’Eglise catholique que leur curé et leur église, sur d’autres visages. Les religieuses japonaises seront pour eux de nouveaux visages. En outre nous avons organisé une ‘année vocation’ qui se terminera lors de la journée mondiale des vocations en mai 2004. Chaque mois, un témoin, prêtre ou séminariste vient témoigner et en avril, nous emmènerons les jeunes visiter les communautés religieuses (Sœurs de Mère Térésa, Salésiennes, etc. et… les deux premières novices khmères Amantes de la Croix, congrégation fondée par Lambert de la Motte !) Cette ouverture est surtout centrée sur l’Eglise du Cambodge, mais nos jeunes rencontrent aussi les coopérants français venus donner des cours au lycée professionnel, par exemple Philippe, volontaire MEP actuellement sur place. D’autres devraient le remplacer l’année prochaine.

Quelle est votre intention de prière particulière pour le Cambodge ?

Que tous ces jeunes puissent rencontrer personnellement le Seigneur et construire leur vie sur cet amour que Jésus nous donne.


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