|
La naissance des différentes communautés chrétiennes
Posted: 7th July 2004
P. François Ponchaud, MEP, AUTHOR
|
P. François Ponchaud, MEP
Diocèse de Phnom Penh
Communauté de Phsar Tauch
Depuis 1990, la communauté chrétienne de Phnom Penh se rassemblait dans la maison de Caritas, dans la rue 229, puis dans la nouvelle maison de Caritas, près de la pagode Sampeuv Méas. La disposition des locaux et le nombre relativement restreint des chrétiens donnaient à ces réunions dominicales un aspect familial joyeux, même si l’on connaissait la présence des espions. Cependant, peu à peu, la communauté se sentait à l’étroit.
Pour le jour de Noël 1990, le gouvernement rend gratuite-ment à l’Eglise, la possession de la partie ouest du petit séminaire de Phnom Penh, que les Khmers rouges avaient utilisé comme prison et que la RPK avait transformé en caserne. Le P. Destombes était réticent pour recouvrer ce bâtiment un peu excentrique par rapport aux habitations des chrétiens, mais ceux-ci, pour des raisons affectives, étaient très attachés au petit séminaire où avaient été formés les premiers prêtres khmers.
En 1992, le gouvernement cède à l’Eglise, moyennant finances, la seconde partie du petit séminaire, le corps de bâtiment construit en 1912 pour devenir le grand séminaire de Phnom Penh. Les terrains de sports sont désormais inaccessibles, car du temps de Pol Pot, on y a construit de vastes entrepôts. Un grand dortoir sert de lieu de réunion dominicale, car la chapelle, d’ailleurs trop petite, est très endommagée. Lors de la réparation du bâtiment principal, un homme marié à une chrétienne, et qui désirait devenir chrétien, eu tombe du toit et se tue. C’est l’œuvre d’un mauvais génie situé dans un arbre ! Les militaires avaient dressé un pagodon sous un autre grand arbre en l’honneur du génie local, le Néak Ta. Malgré la demande du P. Destombes, aucun chrétien ne veut détruire le pagodon, par peur de représailles du génie. La solution est trouvée pour Noël : on construit une maison qui sert de crèche, et qui sera distribuée, avec d’autres, fruit de la quête de Noël, aux pauvres.
Désormais, la paroisse de Phsar Tauch devient le centre où se rassemblent chrétiens et prêtres du Cambodge. Tout y est concentré : la vie paroissiale, l’évêché, les synodes annuels, l’accueil des prêtres ou étrangers de passage.
Trouver d’autres lieux de culte à Phnom Penh devient une nécessité, car les chrétiens, généralement pauvres, ne peuvent dépenser plus de l’équivalent d’une journée de travail pour se rendre à l’Eglise le dimanche. Une maison est donc achetée à Bœung Tumpun, au sud de Phnom Penh, qui deviendra un autre petit pôle de rassemblement. Les sœurs de la Providence achètent un terrain en face de ce nouveau centre, y construisent leur maison centrale et un lieu d’accueil pour les jeunes filles. D’autres lieux seraient vraiment indispensables...
Quand il apparaît probable que le P. Destombes va être nommé évêque, en 1997, le P. Virachay, MET (Missions Etrangères de Thaïlande), arrivé au Cambodge en 1993, est nommé curé de Phsar Tauch : on répare alors la chapelle St Joseph qui permet des célébrations pour de petits groupes, les offices pour les Français. Un bâtiment est construit à l’arrière de l’église pour accueillir les malades de province qui sont hébergés temporairement avant de se rendre à l’hôpital. L’action caritative des chrétiens est un des caractères qui frappent les non-chrétiens. Depuis 2002, le P. Robert Piché, des MEQ (Missions Etrangères du Québec) assure la coordination d’une équipe dans laquelle se trouve Un Son, prêtre cambodgien, et François-Xavier Demont (MEP).
Une quarantaine de catéchistes bénévoles enseignent près de 300 enfants. On compte près de 100 catéchumènes. Une vingtaine de jeunes gens, étudiants, vont chaque dimanche enseigner les chrétiens à Svay Pak, à Néak Lœung, à Chum Kiri, Kong Ngoy, Moat Krasas, Bœung Tumpun, etc.
Mais progressivement l’église de Phsar Tauch est submer-gée par les chrétiens vietnamiens. Un khmer non informé qui entre dans l’enceinte de l’église avant ou après une messe ne peut qu’en conclure que la religion catholique est celle des Vietnamiens et se retirer définitivement. C’est ce que font beaucoup de nouveaux baptisés. Une autre difficulté de la communauté est la présence d’un petit groupe de chrétiens de souche qui n’apprécie guère la venue de nouveaux chrétiens comme des frères...
Moat Krasas
En 1990, le P. Tom Dunleavy (MKl), prend contact avec les chrétiens vietnamiens de Moat Krasas, un groupe de pêcheurs revenus du Vietnam. Parmi eux, Kè et son épouse, qui avaient suivi le P. Rapin à Ksach Prachès en 1969, lorsqu’il y fut nommé, en quittant sa paroisse de Trapéang Svay Phlous. Ces Vietnamiens parlent très facilement le cambodgien et sont ouverts au monde cambodgien. Le P. Dunleavy fait construire une chapelle, bien voyante, au bord du fleuve, en plein village vietnamien, qu’il dédie à Saint Thomas, son auguste patron. Un peu plus loin, à Po Thom, « le Grand Banian » et à Ta Sko se sont implantés deux petits groupes de familles chrétiennes cambodgiennes. Les terres qu’elles occupaient jadis ont été englouties par les eaux du fleuve, et elles doivent donc se contenter d’une berge basse, non peuplée, pour la bonne raison qu’elle est peu fertile. Avec le retour de quelques familles rentrées des camps de Thaïlande, en 1993, et avec le concours de Caritas, les chrétiens cambodgiens se mettent à planter des papayers, des bananiers, mais chaque année, l’inondation anéantit les plantations.
Le P. Dunleavy voudrait que les chrétiens cambodgiens viennent participer à la messe dominicale au village vietnamien. Quelques-uns, dont la Yéay Touch, une ancienne religieuse, font le douloureux sacrifice d’aller chez les ennemis qui occupaient récemment le pays. Vivant dans son monde artificiel, le prêtre accuse les autres chrétiens khmers de manquer de foi. Durant un synode des communautés, la représentante des Khmers éclate en sanglots tant est douloureuse sa situation de chrétienne, taxée d’être agent du Vietnam. En 1994, le P. Gérald Vogin, en troisième année d’étude de langue et en stage à Po Thom, décide de construire une chapelle pour les chrétiens khmers, à un bon kilomètre de la chapelle vietnamienne. Mais la plupart des chrétiens vietnamiens n’y viennent pas... et personne ne les accuse de manquer de foi. Depuis, lui même puis le P. Cosme célèbrent la messe alternativement chaque dimanche dans l’une des deux chapel. Depuis 2002, le P. Un Son est en charge de ces deux petites communautés de 150 membres chacune.
Comme le nom l’indique, Chum Kiri est un petit village entouré de montagnes, dans la région de Kampot. En 1992, une veuve chrétienne, nommée Chou An, rentre du camp de Site B, où avec deux de ses filles et son mari, depuis décédé, elle a reçu le baptême. Elle continue à prier en cachette avec ses enfants, souvent sous la risée des voisins. Elle visite les malades, aide les uns et les autres selon ses moyens. En 1993, elle prend contact avec les prêtres de Phnom Penh qui se rendent à Chum Kiri. Des jeunes gens et jeunes filles du village viennent étudier dans les établissements de Don Bosco à Phnom Penh. Progressivement l’atmosphère change, et l’hostilité devient respect et amitié.
Vingt adultes ont fait une entrée en Eglise, une cinquantaine de jeunes et adultes ont commencé une démarche catéchuménale.
Les PP. Hang Ly et Olivier Schmitthaeusler sont chargés de cette communauté naissante, tout en étant chargés de l’évangélisation de la capitale provinciale de Kampot.
Ta Kéo : Phum Chamcar Téang
Le 1er juin 1960, dans le village de Téang, naissait un garçon que ses parents nommèrent Son. Vers 1970, la guerre chassa ses parents dans la région de Battambang. Vers quatorze ans, Son part se réfugier en Thaïlande, où il devient moine bouddhiste dans une pagode de Nakon Savann. Puis il regagne les camps pour partir avec sa famille au Canada, laissant son frère jumeau au Cambodge. Après plusieurs années de travail en usine, il découvre la foi chretienne acute; tienne par Jeanne Bineau, sa marraine, et décide de devenir prêtre dans la congrégation des Fils de la Charité. Suite à une demande des responsables de l’Eglise du Cambodge, en 1990, il se rend en France pour compléter ses études générales au séminaire d’aînés de Vienne, puis gagne le séminaire de Battambang. Il est ordonné prêtre le 9 décembre 2001.
De temps en temps, durant les vacances du séminaire, il se rend dans son village natal. Il explique sa démarche de foi à ses cousins et amis qui sont un peu surpris, mais acceptent. Son cousin, Kol Chéang est plus intéressé que les autres, et, à partir de 1995, vient chaque semaine suivre un enseignement à Phnom Penh et prie depuis ce temps, tous les dimanches dans sa maison entouré de son épouse, de ses enfants, d’un protestant baptisé dans les camps, nommé Veng, puis bientôt avec ses neveux et voisins. Son épouse, atteinte de la tuberculose, vient se faire soigner chez les sœurs de Cham Chao. En 1998, il est baptisé à Phnom Penh. Depuis, avec l’aide des deux futurs prêtres Hang Ly et Son, mais le plus souvent avec Veng, il témoigne de sa foi. Il suit les sessions de catéchistes. Peu à peu les préventions tombent, et en 2002, 25 jeunes et adultes demandent à faire une entrée en Eglise. Une cinquantaine d’adultes se sentiraient plus ou moins intéressés par la foi chrétienne. Une église est construite dans le village, qui matérialise la présence chrétienne et permet de se rassembler dans un lieu neutre. Les PP. Hang Ly et Olivier Schmitthaeusler sont chargés de cette communauté naissante, et de l’évangélisation de la capitale provinciale de Ta Kéo.
Kompong Som
Dans les années 1960, les Missions Etrangères avaient acheté un terrain et construit une maison de repos pour les missionnaires. Le P. Ahadobérry y a construit une magnifique église en style néo-khmer que le Cambodge-Soir a classé dans le patrimoine cambodgien. Cette église, l’une des rares églises à n’avoir pas été détruites pendant la guerre, est devenue, comme tous les autres bâtiments, « butin de guerre ». En 1993, Mgr Ramousse la rachète pour le diocèse de Phnom Penh. Deux grands bâtiments sont construits ensuite pour accueillir des sessions et retraites.
A Kompong Som, on ne compte que deux ou trois familles khmères. Mais avec l’installation d’une école Don Bosco, progressivement des jeunes sont intéressés par la foi chrétienne, ou du moins par les perspectives d’emplois qu’offre la religion.
Le P. Robert Venet, touché par la limite d’âge, prend une retraite active à Kompong Som. Il se rend régulièrement à Sœurè Ambel, à Koh Kong où se trouvent de petits groupes de Vietnamiens.
Communautés vietnamiennes
En 1990, l’Eglise catholique de Phnom Penh ne comptait que l’église de Vat Champa, dirigée d’une main ferme depuis 1986 par la sœur Mathilde, de la congrégation de la Providence. De Vat Champa émanaient des directives aux différentes communautés vietnamiennes du Cambodge. Les pères de Maryknoll desservaient cette paroisse. En 1989, arrive un adulte vietnamien, célibataire qui se dit catéchiste, puis diacre, du diocèse de Mytho au sud du Vietnam. Plus tard, en 1993, ce diacre déclare au P. Ramousse qu’il est prêtre, et que pour ne pas être emprisonné, s’est réfugié au Cambodge. Il demande l’autorisation de célébrer l’eucharistie. La réponse de l’évêque est simple : d’abord demander l’accord de l’évêque de Mytho pour travailler dans un nouveau diocèse, deuxièmement célébrer dans la langue du pays. Le P. Le van Tinh se met d’arrache-pied à l’étude de la langue khmère qu’il maîtrise désormais très bien, convaincu que les Vietnamiens du Cambodge doivent eux aussi faire cet effort pour y vivre heureux. Il devient alors chargé de l’ensemble des nombreuses communautés vietnamiennes qui progressivement reconquièrent la place qu’elles avaient perdue jadis. Vat Champa devient le centre névralgique des communautés vietnamiennes. Tous les vendredis et samedis matins du dernier week-end du mois, quelques quarante catéchistes suivent un cours biblique donné en khmer par le P. Ponchaud, reçoivent les consignes données par les évêques de Phnom Penh et de Kompong Cham, d’abord les PP. Ramousse et Lesouëf, puis Emile Destombes et Antonysamy.
Les communautés vietnamiennes sont de plus en plus nombreuses : Moat Krasas, Phleuv Trey, Areyksach, sur la rive Est du Mékong. Dey Eth, Samrong Thom, Néak Luœung-ouest, Prek Dach, sur la rive Ouest du Mékong. Saang, Pothiban, Chrey Thom sur les bords Ouest du Bassac. Chrey Thom est à la frontière du Vietnam, et il est très difficile d’y intéresser les chrétiens à une pastorale cambodgienne. Pochentong, Koh Noréa, Chhbar Ampeou, Building (les maisons des chrétiens et l’église sont partis en fumée en 2001. Ils sont relogés à la périphérie de Phnom Penh, à Anlong Kgnan). Svay Pak, au nord de Phnom Penh, réputée pour ses bordels et ses prostituées importées du Vietnam. Les chrétiens y ont construit une église dédiée à Sainte Marie Madeleine. Une ancienne novice de la Providence essaye d’y être apôtre, même parmi les chrétiens, dont certains n’hésitent guère à vivre du trafic de leurs filles.
Suite à une cabale menée par le supérieur de la pagode de Chak Angrè Leu, la communauté vietnamienne installée depuis 1979 a dû déménager, mais n’a toujours pas reçu le terrain promis pour sa réinstallation. Cet événement, qui pourrait n’être qu’un fait divers, montre la fragilité des implantations vietnamiennes.
Les ONG
Phnom Penh est le siège de six communautés religieuses et de treize ONG d’inspiration catholique. Le nombre de prêtres vivant à Phnom Penh peut donc faire illusion, seuls sept d’entre eux sont directement impliqués dans la pastorale des chrétiens.
Les ONG assurent une présence d’Eglise en milieu khmer et sont sources de nombreux contacts avec les bouddhistes. Pour un certain nombre de Khmers c’est souvent l’occasion de connaître le message de Jésus sous son aspect caritatif et altruiste, à condition qu’il soit suffisamment clair et respectueux. C’est un bon point de départ, mais seul un long cheminement fait découvrir Jésus comme une personne vivante qui transforme une vie. Toute action ou toute formation qui rend l’homme ou la femme plus humain, qui fait prendre conscience de la dignité humaine, est déjà une évangélisation.
|