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Back to the front page Diocese of Phnom Penh - Article #17

L’Eglise et le Cambodge : rôle, organisation, perception

Posted: 7th July 2004

Mgr. Emile Destombes, MEP Apost. Vic. de P.Penh

Rôle
L’Eglise catholique du Cambodge est très minoritaire. On dénombre 28.000 chrétiens dont les 2/3 sont vietnamiens. Tous les prêtres et l’évêque cambodgiens sont morts entre 1975 et 1978. A son retour en 1989, le Père Emile Destombes constate que les églises et la cathédrale ont été rasées.La religion catholique est interdite.

Le premier rôle de l’Eglise est : « d’être le témoin de Jésus Christ et de réorganiser des communautés vivantes. La force de l’Eglise du Cambodge, est d’avoir, comme le Christ, souffert, d’être morte puis ressuscitée. »

Le rôle principal de Monseigneur Emile Destombes est d’animer l’Eglise et d’en faire l’unité. Il doit également diriger, aider et soutenir les prêtres dans leurs différentes missions. Dans les communautés il doit encourager tout le monde dans leurs efforts en les soutenant pour les ouvrir à une foi rayonnante au service des autres.

Organisation

L’Eglise est structurée en 3 comités dans le but d’appeler les communautés à se prendre en charge et à organiser la vie de l’Eglise.
Il y a :
-le comité liturgique : sa mission est de préparer les célébrations et de les adapter au contexte culturel cambodgien. Par exemple les célébrations se font sur des nattes ; l’autel est très bas pour permettre au prêtre d’être assis à même la sol ; les mains jointes, signe de salut et de respect, ont été adoptées ; les bâtonnets d’encens inclus au rite religieux…

-Le comité de catéchèse : les laïques sont invités à enseigner la Bible et transmettre leur foi. De nombreux baptêmes, confirmations et professions de foi sont en cours.

-Le comité d’entraide : des volontaires bénévoles catholiques sont envoyés auprès de toutes les populations pour analyser les problèmes et trouver des solutions. Cette aide est apportée à toutes les populations habitant le Cambodge, qu’ils soient catholiques ou non. C’est un vrai témoignage d’ouverture et d’amour.

Ces comités élisent chacun trois représentants. Ces derniers représentent le Comité Catholique qui organise la vie de l’Eglise en union avec les prêtres.

Des synodes sont organisés tous les ans. Ils regroupent 150 personnes venant des 3 diocèses du Cambodge : Phnom-Penh, Kompong Cham et Battambang. Ces représentants de l’Eglise catholique échangent leurs expériences et cherchent ensemble à répondre à l’appel de la mission de l’Eglise et à organiser leur action.

Perception
L’Eglise essaie de donner un visage khmer mais elle est toujours considérée comme une religion occidentale apportée par des missionnaires. Pour les cambodgiens, Jésus est un occidental.
Les khmers rouges ont détruit les bâtiments religieux. Il faut maintenant reconstruire en adaptant à la culture cambodgienne. Mais la priorité est donnée à la formation des communautés.

Depuis 1995, cinq prêtres de nationalité cambodgienne ont été ordonnés ce qui donne un nouveau visage khmer à l’Eglise.

La religion chrétienne est perçue en Asie comme une religion libératrice et notamment par rapport au « poids » du karma bouddhiste. Les cambodgiens sont en majorité bouddhistes et animistes. L’enseignement de la Bible par rapport à la religion bouddhiste, trouve son intérêt dans la libération du péché, la paix intérieure, la relation directe avec Dieu qui les aime et les appelle à aimer.

Problème
Le principal problème dans l’Eglise provient des rivalités entre les deux communautés catholiques : les cambodgiens et les vietnamiens. Ces oppositions sont de sources historiques, raciales, culturelles, ethniques et la libération du Cambodge par les vietnamiens en 1979 n’a fait qu’envenimer ces relations. L’Eglise exécute un lourd travail apostolique pour réconcilier ces deux communautés bien qu’elles vivent séparément.

Le développement et l’Eglise du Cambodge

Pour Monseigneur Emile Destombes le développement est : « la possibilité à chacun de se réaliser et de vivre en harmonie avec les autres en ayant des conditions de vie décentes. Le développement ne veut pas dire qu’un pays doit rattraper les pays dits développés sur un plan économique. Il faut leur laisser le temps de grandir comme les pays occidentaux. On doit les accompagner en prenant en compte leurs cultures et leurs différences et que ce développement soit juste et communautaire et non simplement centré sur les biens matériels. Pour le Cambodge il faut aider les khmers à se développer eux-mêmes et entre eux pour qu’ils sachent prendre la parole et ne pas se laisser diriger par les ONG »

Le diocèse participe à ce développement en finançant et en accompagnant des projets communautaires. L’Eglise s’investit dans des actions d’alphabétisation (60% d’illettrés au Cambodge), d’éducation, de soutien aux jeunes ce qui est l’occasion de les faire réfléchir sur leurs actuelles et futures responsabilités, d’enseignement du khmer pour permettre aux vietnamiens d’aller à l’école, dans des jardins d’enfants, dans la formation de jeunes à des métiers manuels en alternance avec leurs études, dans la réfection et construction de bâtiments pour les plus démunis. Un centre accueille les malades qui ne peuvent se faire soigner chez le médecin. Sans aucune distinction de races et de religions les plus démunis y trouvent une place.

Les volontaires et l’Eglise.

Au Cambodge, l’histoire du volontariat remonte à plus de 30 ans. Généralement les volontaires enseignaient le français. Aujourd’hui, avec les répercussions de la guerre, il est difficile de trouver des personnes bien formées. L’évêché emploi donc un comptable, un technicien électrique, un ingénieur artistique et un responsable d’études pour répondre aux besoins de ses projets.Généralement le volontaire dépasse ses aptitudes pour répondre aux demandes des chefs de projet : par exemple le technicien électrique est aussi programmateur informatique, webmaster et peintre à ses heures perdues. Un des comptables est aussi animateur d’un mouvement scout et bénévole dans un centre pour enfants malades.

Pour Monseigneur Emile Destombes le volontariat permet : « à des jeunes français de s’ouvrir à l’universel dans un milieu différent du leur et défavorisé. Le volontariat permet de connaître une autre civilisation et une autre culture à travers l’apprentissage de la langue qui est une condition sine qua non pour vivre au sein de la communauté et comprendre, petit à petit, le pays.
Le volontaire rend service en exécutant le travail pour lequel il est venu. C’est à lui ensuite de s’intégrer à d’autres actions s’il le souhaite. Il lui est demandé également d’essayer de former des cambodgiens pour qu’il soit remplacé par un khmer. Il est important qu’il y ait pour les volontaires un accompagnement spirituel ainsi que des échanges nombreux avec la population, les prêtres et les expatriés pour que le volontaire soit riche d’expériences. Je souhaite que chaque volontaire qui reparte d’ici ait mûri, se soit découvert lui-même sans oublier les autres et que cette expérience lui ai permis de s’inscrire dans un choix de vie. »

Le bilan du volontariat pour Monseigneur Emile Destombes est très positif : « c’est une vrai bouffée d’oxygène que de recevoir des volontaires. Leur jeunesse et leur enthousiasme apportent beaucoup aux projets dans lesquels ils se sont inscrits. Leur regard neuf permet souvent de les améliorer. Je n’ai pas besoin de leur demander d’être actif dans les actions qu’ils mènent.»

Il n’y a pas de risques majeurs pour le volontaire au Cambodge. Les khmers les accueillent très bien surtout s’ils parlent leur langue. Pour eux cela veut dire que le volontaire les « aime ». Il n’y a aucun sentiment de jalousie ou d’envie dans la mesure ou ils pourraient penser que le volontaire leur vole du travail. Ils sont conscients de leurs « limites » et apprécient que le volontaire essaie de leur enseigner son savoir pour être remplacé. Il y a tant à faire que le volontaire trouvera rapidement d’autres activités.

Sur un plan sécuritaire les agressions des volontaires sont très rares bien que celles-ci soient plutôt violentes. Les voleurs khmers sont loin d’être des « gentlemen cambrioleur ». Il est plus simple, par exemple, de tuer quelqu’un pour lui prendre sa moto que de lui demander « gentiment ». Malgré ces rares agressions, le Cambodge reste pour tous ces volontaires un pays magnifique qui leur apprend beaucoup. Bien que l’ONU classe le Cambodge dans les trois pays les plus pauvres du monde, c’est une véritable richesse humaine que les volontaires trouvent ici.

Le seul risque que le volontaire peut rencontrer serait celui de juger son pays d’origine en découvrant ce qui se passe ici. Il doit faire attention de ne pas tomber dans un piège de démagogie simplifiée. Son pays possède également des qualités bien que certaines façons de vivre puissent lui paraître futiles.

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