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Approches de la mentalité khmère
APPROCHES DE LA MENTALITE KHMERE par François PONCHAUD, 1977 Table de matières • 1. Chaque être naît situé dans
sa famille et dans la société Il convient de se rappeler que les Khmers sont avant tout :
Parmi tous les peuples dAsie, les Khmers sont souvent considérés comme un mystère, que personne na véritablement réussi à découvrir. Qualité de relation, mais mystère de la personne qui ne se livre pas. Tant les Vietnamiens que les Chinois restent perplexes dans leur connaissance de lunivers khmer. Un peuple blessé par lhistoire. Depuis le 14ème siècle, lhistoire du Cambodge a été une succession de défaites militaires et de sujétions à létranger : Siamois et Vietnamiens, Français. Les Khmers en ont hérité un complexe dinfériorité devant lEtranger : " Nous, les Khmers, nous sommes comme ça. Nous sommes incapables, nous ne pouvons rien faire pour nous en sortir. ", " Je ne veux pas être commandé par des yeux noirs ", " Je ne veux pas que ma fille épouse un Khmer ! " " Jai honte de me dire Khmer. " LEtranger est souvent sur valorisé et le Khmer sous-estimé. Souvent on peut remarquer une attitude inconsciente dassistés. Rarement au cours de leur histoire, les Khmers ont été maîtres de leur destin, on a toujours légiféré à leur place ! Les légistes ont utilisé des codes français, puis soviétiques, actuellement ils utilisent les codes anglais, jamais un code khmer ! Ils attendent le salut de lEtranger, en politique et ailleurs. Mais, dans un rapport dialectique, tout ce qui mal est imputable également à lEtranger, spécialement vietnamien, jamais aux Khmers ! Les Khmers rouges, puis loccupation vietnamienne récente, ont renforcé ce traumatisme, sans compter le nombre de victimes dans chaque famille, dont le souvenir pèse lourd, même après vingt ans ! Ce complexe dinfériorité est encore renforcé par le teint brun de la peau, le canon de la beauté étant la blancheur de lait. Dans le même temps, les Khmers ont une fierté dun être blessé qui naccepte aucune réflexion désobligeante, ou fait appel à sa culture : " Nous les Khmers ne sommes pas comme les Français ! ". Pendant ses 17 ans de règne, Sihanouk avait su redonner sa fierté à son peuple. La révolte khmère rouge, dans son côté absolu, peut être interprétée comme un sursaut nationaliste de la fierté khmère ! Les Khmers ont souvent la volonté davoir leur revanche, dêtre les meilleurs communistes du monde, davoir été victorieux de limpérialisme américain avant les Vietnamiens, davoir battu les Vietnamiens qui ont battu les Américains, etc. Les Khmers sont donc généralement des timides qui ont peur dautrui, qui se sentent obligés de sexcuser. Un peuple qui aime lharmonie, la tranquillité, le calme, pas dhistoires ! Larchitecture dAngkor et de la plupart des monuments khmers reflète un art consommé de lharmonie et de la proportion. La société khmère aime lharmonie. Un des plaisirs des Khmers de Phnom Penh est de flâner sans souci le long du Tonlé Sap, à la fraîcheur bucolique du soir. 1. Chaque être naît situé dans sa famille et dans la société En Haut Chacun a à y remplir son rôle, pas plus, pas moins. Dans la langue cambodgienne, il ny a pas à proprement parler de pronoms, chacun se situant dans la pyramide sociale par des appellatifs précis. Lâge est un facteur dirimant de la société tout autant, sinon plus que le sexe. Les aînés masculins ou féminins sont tous autant des " bang ", les cadets sont tous autant des " pauôn ". " Ming " pour la tante puînée des parents, " Pou ", "Méar " pour loncle puîné des parents, féminins ou masculins, " Ta ", " Yiey " pour les grands parents ou toute personne aux cheveux blancs. Quand on parle des petits, avant la puberté, on peut employer les mêmes mots indifféremment pour un garçon ou pour une fille : " Néang " peut signifier lun ou lautre. " Néak ", " Om " pour les personnes âgées des deux sexes. La familiarité entre égaux, sexprime par les termes d " aîné cadet ", employés également dans le langage amoureux, la femme étant considérée comme cadette (donc inférieure et soumise). Le tutoiement, en français, se rend par "aîné-cadet", et non pas par "Agn-aèng", qui exprime un rapport de mépris, de supérieur à inférieur ! La société est comme une grande famille, le roi se situant au sommet
de la pyramide. Cest un " Préah ", une " personne illustre
" pour lequel on utilise un vocabulaire spécial. Pour dire "
je " au roi, on utilise "Porte-sur-la-tête-qui-est-esclave,
sous-la-poussière-la-plus-fine des augustes-pieds de Monseigneur-qui-est-Maître
de-la-vie exposé-sur-la-tête". Les aînés ont toujours raison, comme dans toute société agraire, fondée sur lexpérience. Donc, lors dune réunion, un jeune hésitera à parler avant son aîné, il nosera pas émettre un avis différent de celui dun ancien ! Dans une société industrialisée, au contraire, le pouvoir est à lingénieur, au savant ! Dans cette société, on peut toutefois noter la survivance de castes, à lindienne : le roi et ladministration, les commerçants, les paysans. Le paysan " fait la rizière ", le commerçant " cherche à manger ", ladministration " fait la chose " (res publica), le roi " mange le royaume". Les moines " sabstiennent " ! Ils forment une classe que les Khmers rouges qualifiaient de " spéciale ". Ils sont des " personnes illustres " des "Préah ", comme le roi, dans le domaine du divin. Pour sadresser à elles, on utilise un vocabulaire spécial : " je " devient " esclave de votre bienveillance ".
De cela semble découler une certaine difficulté de rapports entre les Khmers quand ils ne se connaissent pas : il faut évaluer lautre, son âge, son niveau dinstruction, son rang social, pour savoir comment lappeler et sappeler, quel niveau de langage employer... Mal se situer et mal situer les autres par rapport à soi peut entraîner des brouilles durables, on taxera le fautif de " chhleuy "... La formule de politesse qui conclut toute lettre est significative : " Bien ou mal, je vous demande de ne pas vous fâcher " !
2. La face ou lêtre social En Haut Selon la théorie bouddhique, le sujet personnel nexiste pas (anatta) ! Il ny a que des actes mais pas dacteur. Se croire un sujet est une illusion (moha). Lêtre véritable est donc celui que lon veut montrer à autrui. Le " paraître " est plus important que " lêtre " qui nexiste pas à proprement parler. "L'habit fait le moine". La face ne signifie donc pas hypocrisie, mais personnalité, la dignité ! Si lon fait " perdre la face " à quelquun, on le tue socialement, donc réellement ! Certaines réactions dhommes politiques sont des réactions violentes de personnes à qui l'on a fait perdre la face, et qui sont prêtes à tout pour la retrouver. On peut signaler des attentats dont lexplication semble devoir se trouver dans cette perte de face. De quelquun dimportant, on dit quil a " de la face , de la bouche ". De quelquun qui parle beaucoup, on dit quil a " de la bouche et du cou ".
Mépriser quelquun, cest le " regarder facilement ", " regarder sans valeur ". On ne peut regarder quelquun dans les yeux, ce serait méprisant, hautain. On ne peut passer au-dessus du regard de quelquun de plus âgé, de plus important, à fortiori celui du roi !
Ce serait indigne. On se réfugie " derrière le sourire khmer ", voile qui préserve son intimité ou son vide intérieur. On ne tient pas à importuner autrui avec nos propres sentiments ! On risquerait de " perdre la face " soi-même et de " lui faire perdre la face ". On peut annoncer la mort dun être cher avec le sourire, ce qui ne signifie pas labsence de peine, mais le respect pour celui à qui lon parle, qui na pas à être troublé par ce décès. Lidéal bouddhique est limpassibilité (upéca), néprouver ni joie, ni peine! Celui ou celle qui se met en colère " perd la face " perd tout crédit : il ou elle ne sait pas modérer ses sentiments. Une jeune mariée ne peut montrer son bonheur. Chacun est dailleurs isolé dans son intimité.
Le nom est dailleurs peu important, et la même personne peut en avoir plusieurs, à la maison et à lextérieur, ou selon les époques ! LEtat-civil est une invention du protectorat français, qui a pris le nom du grand-père comme nom de famille ! Appeler quelquun directement par son nom " déchire la chair ", cest une insulte ! Montrer du doigt est un geste obscène qui transperce lautre. Les paroles tuent autant que les armes. Il y a un langage non-verbal : passer les mains sur les fesses, entre hommes, être ensemble en silence, sont signe d'amitié et de bonheur. Par contre, mettre la main sur la tête, montrer du doigt, appeler par le nom, regarder fixement dans les yeux, sont autant doffenses. 3. La primauté de la relation En Haut " Bonjour " se traduit " Avertir-interroger " : on
vient lier la relation, prendre les nouvelles et en donner. On dit également
" Où vas-tu ? Doù viens-tu ? " La réponse importe peu. Cest
une entrée en matière. " Au revoir " se dit " demande délier
" : la discussion finie, on demande de délier la relation. Celui
ou celle qui reste sur place répond " Je vous en prie ". "
Ca ne fatigue pas de lever les mains, ça ne coûte rien de dire Durant la conversation, on évitera donc tout ce qui peut rompre la relation
ou engendrer le conflit, ou évitera dopposer un refus à une demande.
On dit ce que lautre veut bien entendre. La vérité est ce qui permet
la relation, non pas forcément ce qui correspond au réel, à lopposé du
faux. Il est significatif que la langue khmère ne comporte pas de mot
pour dire " oui ", franc et massif, " Bat " ne voulant
dire que " plante des pieds ", " je suis On ne pose pas une question avant de savoir si la réponse sera positive, ou lon prendra un grand nombre de précautions oratoires avant de poser une question que lon juge déplacée. Les " cadeaux " faits aux fonctionnaires entretiennent la relation. Cest un autre système de gestion des affaires publiques qui est acceptable quand il ne dépasse pas les limites de linsupportables ou de la décence. Cest peut-être dans cette qualité exceptionnelle de la relation quil convient de chercher la fascination que les Khmers déclenchent chez les étrangers ! 4. La civilisation khmère nest pas celle du livre, mais celle de loral En Haut La langue khmère est une langue très descriptive, sans beaucoup de mots abstraits, sinon tout récents. Donc la réflexion et le progrès intellectuel paraissent difficiles. La littérature khmère est très pauvre, ou inspirée par la religion, donc de létranger (Inde). De tout temps, le pouvoir a été au beau parleur. On ne sait pas ce qua dit un orateur, mais " cétait harmonieux " ! La parole des moines est efficace : limportant nest ni de lécouter ni de la comprendre, mais de lentendre ! Pour les Khmers, la logique est différente, cest la principale difficulté de lapprentissage de la langue pour des Occidentaux ! La plupart des traductions à partir dune langue occidentale sont incompréhensibles à lensemble des Khmers, souvent parce qu'elles sont excessivement littérales, mais surtout parce que la logique des idées n'est pas la même ! Les Khmers sont volontiers les gens dune seule idée, au cheminement relativement lent. Pour dire " Je ne comprends pas ", on dit souvent "Je n'entends pas", " Je nentends pas assez vite ". Les Français, au contraire, ont un système de pensée très rapide : une phrase expose une idée ! La langue nest pas encore très bien fixée, si bien quentre Khmers, la compréhension est parfois difficile, chacun affirmant avoir la bonne formule, et prétendant parler au nom des Khmers. " Nous les Khmers, nous disons cela ". 5. Importance de la famille En Haut Cest par la famille que le Khmer a la notion dappartenance à un peuple et à une nation. Les liens entre " aînés-cadets " obligent, quils soient "dune même grand-mère" (cousins germains), ou plus lointains. Dans un rapide survol fait auprès denviron 200 garçons et filles de 16-17 ans, à qui lon proposait une vingtaine de centres dintérêt dans leur vie, 80 % ont placé la vie familiale en premier, suivi de la paix dans le pays. Souvent les clientèles politiques recoupent les clans familiaux. Le fait nest pas propre aux Khmers. La personne importante est lAncien, grand-père ou grand-mère, symbole de la sagesse. Les Cambodgiens apprécient de travailler dans les hospices en France. Quand les enfants sont petits, ils sont élevés par osmose. Lenfant vit sur la hanche de sa mère ou de sa s¦ur, cest le roi de la famille. Le père lui manifeste généralement beaucoup damour. Le sevrage, qui peut se passer vers 2 ans, est une période très difficile, car on na guère habitué lenfant à se nourrir comme les adultes. La petite fille porte généralement une petite jupe, cache-sexe quun étranger ne doit pas voir, que lon cache au besoin avec la main. Lenfant est roi, on lui passe tous ses caprices, le plus souvent en lui donnant le sein, ou un billet de monnaie, car il est jugé "sans intelligence". Par contre, dès que lenfant va à lécole, les parents sont souvent très durs avec eux, car il est classé comme "intelligent" : on les menace de mort : " je te frappe à mort ", si tu ne fais pas cela. Ils donnent parfois des corrections qui surprennent par leur violence. Mariage Comme dans toute société de type agraire, le mariage est avant tout un contrat entre deux familles, cest même " lAffaire " des parents ! Les deux familles entrent dans une communauté dintérêts. Quand la fille est dâge nubile, vers 14-15 ans, elle " entre dans
lombre ", du moins à la campagne. Si les parents dun garçon la
repèrent, ils envoient un entre-metteur, " une mère-tortue "
qui ira discrètement demander la main à ses parents avec des termes fleuris. Dans la cérémonie de mariage, un rite important consiste dans la salutation des ancêtres à qui lon annonce que leurs rejetons vont sunir pour transmettre la vie. Cest même le rite le plus important ! Si on ne les avertissait pas, ils pourraient rendre le couple malheureux, malade, empêcher une réussite financière. On ne demande pas lavis des conjoints. Léchange des consentements est une invention chrétienne ! Le mariage donne lieu à un système dentraide original : chaque invité " lie les mains " (cest-à-dire " fait des voeux de bonheur ") des nouveaux époux avec une enveloppe remise au moment du repas des noces. Tout est noté dans un cahier. Cest un type dentraide pour organiser le mariage, à charge de revanche quand les autres invités marieront leurs enfants. Plus il y a de monde, plus la noce est réussie, et plus l'on a largent. La valeur qui prime semble donc être la transmission de la vie : cest
" laffaire " des parents. Plus tard, quand ils auront des enfants,
les époux appelleront leur conjoint dun terme qui le situe dans cette
chaîne de transmission de la vie : " Père ou Mère dun tel ",
" son père ou sa mère ". On se marie, et l'on saime ensuite,
ou lon ne saime pas ! On parle peu damour, sinon dans les chansons
ou dans les romans, car lidéal bouddhiste Avant 1970, on signalait peu de divorces, du moins en campagne, vu la pression sociale exercée par les parents, liés par contrat. Depuis les bouleversements de la guerre, les " veuves abandonnées par leur mari " constituent un fléau social. Cependant la pratique de se remarier est assez fréquente, voire " normale " : on parle du mot "femme-fin" ou " mère-fin " pour nommer la seconde épouse. Il nest pas certain que les maris manifestent beaucoup de tendresse pour leur épouse. On entend dire très souvent que les maris battent leur femme. Les hommes sont capables de tuer pour des histoires de femmes : " On prend les Khmers avec les femmes, les Vietnamiens avec la terre, les Chinois avec largent. " On peut dire que la femme a apparemment un rôle subalterne dans la famille : cest lhomme le chef de famille, qui la représente à lextérieur. Cependant la femme est souvent plus énergique et influence fortement son mari : " si le mari est colonel, la femme est général ", dit-on. Une femme commence à prendre limportance quand elle devient mère, et surtout grand-mère. On peut retrouver des traces de matriarcat dans la langue khmère : beaucoup de responsables sont désignés par le mot " mé ", mère : " mé-phum ", " mé-khum ", " mé-deuknoam ", " daun-ta ". La légende Phnom ProsPhnom Srey relève sans doute dun changement de régime matrimonial dans les temps anciens. Les enfants sont une assurance-vieillesse, mais la contraception commence
à faire son apparition, les avortements de plus en plus nombreux. Cependant
on confie volontiers un enfant à celui qui nen a pas, à un oncle ou à
une tante. Un enfant est rarement abandonné. La création dorphelinats
est discutable, car cest tenter de répondre à un besoin imaginé par les
Occidentaux plus que réel chez les Khmers. Lenfant adopté par une famille
devient cependant assez souvent le serviteur des autres enfants, les enfants
6. Importance des rêves En Haut Il existe une réelle télépathie entre Cambodgiens qui ressentent beaucoup de choses à distance, souvent exactes. La conception vient souvent dun rêve tout autant que de la relation sexuelle. La conversion à la suite dun rêve est fréquente. 7. Durée En Haut Cest une banalité de dire que les Khmers nont pas de sens historique, pas plus que de sens critique : cela demande sans doute trop dabstraction dans une langue qui nen comporte guère. Il est très difficile, à beaucoup, de situer la période dAngkor. Nous sommes héritiers dune vision linéaire de la vie, de lhistoire. Les Khmers sont héritiers dune vision cyclique de lexistence. Les Khmers rouges ont pris pour modèle le temps passé, idéal à recréer. Ce nest pas le grand soir à venir ! Dans ce temps cyclique, rien nest définitif, ni catastrophique ! De cela sans doute vient la difficulté des Khmers pour se projeter dans lavenir et détablir des projets. Il y a les temps heureux : celui du farniente, de la flânerie, de la rencontre des amis. Et le passage obligé du travail ! Ne pas travailler nest pas mal, le travail est un mal nécessaire pour assurer ses besoins ! Les Khmers comptent avec un calendrier solaire (Nouvel an, mois à lOccidentale), mais dans la campagne on compte avec les mois lunaire le mois étant divisé entre les 15 jours de " naissance " (lune croissante) et 15 jours de lune décroissante. C'est à partir des mois lunaires que sont fixées les grandes fêtes : les 12 mois, les fêtes bouddhiques, le Pchum Ben, la fête des eaux). Parfois le monstre Réahou avale la lune (éclipse), il faut alors faire beaucoup de bruit pour quil la recrache ! Les années sont comptées avec le cycle de 12 ans propre à lensemble des Asiatiques. On ajoute, à la campagne, un mois tous les 4 ans ("Méakh thom") Les gens de la campagne ne connaissent pas l'année grégorienne de leur naissance, mais uniquement leur signe. Ce signe de lannée est utile, car cest à partir de lui que lon pronostique le caractère, la possibilité de mariages, etc. 8. Argent En Haut Le Cambodge est resté longtemps une société non monétarisée. Lexpérience
des Khmers rouges qui ont supprimé toute monnaie relève de la pratique
traditionnelles (actuellement encore celle des tribus montagnardes, et
un peu elle de la campagne). Le " Loui " vient de Louis XIV,
" riel " du " réal " portugais. On comprend quactuellement
on parle du dollar comme " riel ". Cest peut-être de là que
provient le rapport pour le moins difficile La nourriture de base est produite par la rizière, le surplus est destiné aux dépenses de " prestige " : construction de la pagode, avec inscriptions des donateurs, radio, bicyclette, puis motos, voiture, qui sont instruments de positionnement social plus que réponse à de vrais besoins. Largent, cest " largent à dépenser ", non pas à garder ou à économiser. Tant quon a de largent, on le dépense. Les Khmers entre eux ne se font guère confiance pour les questions dargent : le trésorier dune association dépensera l'argent de l'association sans trop de scrupules. Par contre, lor est le mode dépargne traditionnel. Une femme arborant ses bijoux est lhonneur de son mari, ce nest pas une femme de rien ! Dans une période de crise, ce peut être un bon moyen de conserver son bien. Lor et les dépenses " de prestige " (voiture, dons à la pagode) font partie du positionnement social. Dans une société brisée quest celle du Cambodge moderne, on est prêt à tout pour de largent, vente des enfants comprise. Beaucoup de difficultés dans les couples proviennent dhistoires dargent. Les prêts dargent sont souvent à taux usuraire, 200% par mois. La " tontine " est un mode de crédit à fort rendement qui favorise les plus riches qui peuvent attendre. Les Khmers sont brouillés avec les chiffres et lhistoire ! Donc prendre avec un certain recul les statistiques et les chiffres avancés, pour les Occidentaux ! Jeux Cest une passion difficilement compréhensible pour les Européens. Avec
ladultère de lépouse, cest lune des raisons pour lesquelles on peut
tuer. Lart est avant tout religieux, sacré. Il est donc basé sur la reproduction
la plus fidèle du passé, dans la minutie de ses détails. |
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